Personne n'est étranger sur terre (affaire de papiers)

Et pourtant nombreuses sont les personnes à qui on fait bien sentir qu'elles le sont.

Et je ne parle qu'à travers mon expérience et celle de mon entourage proche.

Cela fait 10 ans que je suis en France, j'y suis arrivée pour mes études supérieures et depuis j'y vis. Je suis de nationalité béninoise et j'ai grandi au Gabon.

S'il y'a une période où le rappel de ma non appartenance à ce pays se fait, c'est bien au moment du renouvellement de mon titre de séjour. Le reste du temps, je n'y prête pas attention. Ce n'est pas une préoccupation pour moi. La vie suit son cours.

Bien évidemment, ce serait plus simple pour moi si j'avais la nationalité française, mais je fais partie de celles/ceux qui croient que ce n'est pas une décision à prendre à la légère. Seulement, les choses sont faîtes de manière à pousser une bonne partie de personnes à demander la nationalité française pour avoir la paix, à tous les niveaux, administrativement parlant et de profiter de nombreux avantages que cela offre. 

Ce qui est bien dommage, je pense, dans le sens où, ces raisons ne devraient pas être les premières avancées/invoquées lors de la revendication de l'appartenance à un pays (et de toute façon, elles ne sont jamais évoquées ouvertement).

Je n'oublierai jamais cette fois où je suis allée à la préfecture pour renouveler mon titre de séjour en tant qu'étudiante et que le renouvellement de celui-ci m'a été refusé. Je venais de finir mes études et il me manquait juste le TOEIC pour valider mon diplôme. 

La dame au guichet avait été claire, pas de TOEIC, pas de renouvellement. 
Je la cite: "vous rentrez chez vous (en Afrique) passer votre TOEIC et vous revenez (en France) quand vous l'aurez".
J'ai réalisé qu'elle avait une idée très éloignée de la réalité.

Bref j'ai bossé sur mon TOEIC pendant une semaine, je l'ai passé et Dieu merci je l'ai eu. Je suis retournée à la préfecture où mon titre a été renouvellé. 

Une autre période a été celle durant laquelle j'ai cherché mon premier emploi après avoir fini mes études d'ingénieure. La carte d'étudiante étant limitée en nombre d'heure de travail. J'ai dû faire dans un premier temps une demande d'APS (autorisation provisoire de séjour*, c'était en 2015) le temps de trouver un emploi, pour par la suite faire ma demande de changement de statut et ainsi avoir une carte de salariée.

*en cliquant ici, vous aurez un petit résumé sur ce qu'était l'APS ainsi que sur ses avantages
Il me semblerait que la législation ait changé entre temps et qu'il soit maintenant possible d'être étudiant étranger et travailler en même temps. Mais pour cela il faut avoir été diplômé d'un établissement français et souhaiter travailler en France à l'issue d'études supérieures. Dans ce cas, il faut demander une carte de séjour temporaire de recherche d'emploi/création d'entreprise d'une durée d'un an.

La carte salariée, c'est l'un des saints Graal quand tu n'es pas française ou issue de l'union européenne. J'ai obtenu la mienne une fois en poste (CDI), après avoir monté un dossier (côté employeur(e) et demandeuse d'emploi) quelques mois avant la fin de l'APS. Celui-ci attestant que l'on remplit bien toutes les conditions et qui s'il est validé donne lieu à une autorisation de travail (permis de travail). C'est la DIRECCTE (Direction régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l'Emploi), qui gère les dossiers et délivre les autorisations de travail.
Sans APS, l'employeur devait obligatoirement prouver qu'avant de vous embaucher, il avait, dans un premier temps privilégié les candidatures de demandeurs d'emploi français  (on parle alors d'opposabilité de l'emploi) et qu'aucun ne remplissait les conditions pour occuper le poste (sauf si il s'agissait d'un métier en tension**). Quand on disposait de l'APS, on était traité sans distinction, comme tout français en demande d'emploi. Maintenant comme je le disais plus haut, il semblerait qu'il n'y ait plus besoin de passer par l'APS mais plutôt par la carte de séjour de recherche d'emploi/création d'entreprise. Ou encore de demander une carte de séjour salariée ou travailleur temporaire si vous signez un contrat de travail (ou une promesse d'embauche) dans les 2 mois qui précèdent la date de fin de validité de votre titre de séjour étudiant, pour un emploi en relation avec votre formation rémunéré au moins 2281,82 bruts mensuels (la situation de l'emploi ne vous est alors pas opposée).
**Pour avoir plus d'informations sur les métiers en tension, cliquez sur ce lien

Et c'est justement ce qui rebutait bon nombre de recruteurs à l'époque, tout ce protocole à l'embauche. Ils trouvaient alors plus facile de recruter des personnes disposant au préalable d'un titre de séjour leur permettant de travailler en France.

Il existe d'autres types de cartes: carte de travailleur temporaire, carte de séjour pluriannuelle passeport talent...

Sinon j'ai connu d'autres situations où c'était des proches qui étaient concernés.

Certains, étudiant(e)s, étant en France depuis plusieurs années et en situation régulière. Du fait qu'une seule fois, ils ont eu du retard dans le dépôt de leur dossier en préfecture se sont vu attribuer une oqtf (obligation de quitter le territoire français). S'ensuivent alors pour elles/eux, un long parcours, avocat à l'appui pour retrouver une situation plus régulière.

En attendant, elles/ils ne peuvent pas travailler, ni avoir une vie sociale, ou s'ils le font c'est souvent au risque de se faire contrôler et rapatrier dans leur pays d'origine.

Si jamais vous êtes sujettes à une OQTF et que par exemple vous n'avez pas la possibilité de vous faire accompagner par un avocat, sachez qu'il existe une association la Cimade (lien pour se faire aider, ici).
Si vous avez un avocat et que vous avez de faibles ressources, sachez que vous pouvez faire une demande d'aide juridictionnelle. Il s'agit d'une aide financière de l'état qui permet de payer totalement ou en partie, les frais d'avocat. Vous trouverez plus d'informations à la page 10 de cette note (en cliquant icidu gtsi (groupe d'information et de soutien aux étrangers, retrouvez leur site ici).

Et il n'y a pas si longtemps que ça, en début d'année, ma belle mère s'est vue refuser l'entrée sur le territoire français, une fois arrivée à l'aéroport. Alors qu'elle avait son visa et qu'elle venait passer ses vacances. Elle n'a pas pu passer la police des frontières!

Elle s'est retrouvée devant un tribunal de grande instance, à prouver devant juge et avocats qu'elle était bien sur le territoire français pour des vacances et non pas pour s'installer. Le tout après avoir passé 3 jours en zone d'instance.

Sa faute, ne pas avoir eu sur elle la totalité de la somme nécessaire à son séjour, soit 125 euros x le nombre de jours passés (en espèce ou sur une carte bancaire utilisable en France).

Tout en sachant qu'elle avait son visa (donc en principe, ils avaient bien vérifié qu'elle avaient les moyens de séjourner en France) et que ce n' était pas la première fois qu'elle venait en vacances en France.

Cette histoire est derrière elle maintenant, elle a pu apporter toutes les preuves et profiter du reste de son séjour.

Mais cela a tout de même été une expérience traumatisante pour elle.

Comme elle même elle le dit, elle a vu une des faces cachées de la France... En zone d'instance, elle a côtoyé des réfugiés, des demandeurs d'asile,... de toutes nationalités, aussi bien des femmes que des enfants.

En zone d'attente pour personnes en instance (ZAPI) , elle était plutôt bien traitée (géré par les services de la croix-rouge) mais elle ne pouvait pas sortir. Une sorte de cage dorée!!!

Du coup, si vous êtes étrangère, lorsque vous voyagez et venez sur le territoire français pour vos vacances. Il faut avoir sur vous, l'ensemble des documents présentés lors de la demande de visa, sous compris. Sinon vous serez transféré en zone d'instance, le temps de passer devant un juge qui statuera si vous pouvez rester ou non sur le territoire français. Et cela peut importe si vous avez obtenu le visa.On vous attribuera un avocat commis d'office si vous n'en avez pas un. Et bien évidement, on vous demandera avant si vous souhaitez rester en France ou rentrer chez vous immédiatement.
Les preuves tangibles à avoir sur soi
Une attestation d'hébergement
Une somme de 35 euros par jours passés
Une attestation d'assurance
La photocopie des visas de votre ancien passeport si présentement, vous avez un nouveau passeport

ou

Une réservation d'hôtel avec 1/2 nuits payées d'avance
125 euros par jours passés
En plus des autres documents.


En revenant sur tous ces éléments, je prends quand même conscience de la chance que j'ai, car en dehors de l'incident du TOEIC, tous mes autres renouvellements de titre de séjour se sont bien passés. Après je ne sais pas si je peux réellement parler de chance, depuis ce jour, je veille toujours à ce que mon dossier soit le plus complet possible lors du renouvellement. Quitte à rajouter tels ou tels document, au cas où.

Et je me rends compte que l'incident du TOEIC m'a quand même traumatisée, car même si j'ai la certitude d'avoir un dossier complet, je suis moins sereine le jour J.

Je ne me voile pas la face hein! Loin de là, j'ai bien conscience que certains essaient de contourner la loi, mais je ne trouve pas juste d'en profiter pour généraliser et ce sans même tenir compte du passif de la personne.